Ce que l'hypothèse Sapir-Whorf peut nous apprendre sur le langage des intelligences artificielles
Et si notre façon de penser était influencée par la langue que nous parlons ?

Antoine HeftlerCo-fondateur

Et si notre façon de penser était influencée par la langue que nous parlons ? C'est le cœur de l'hypothèse de Sapir-Whorf, formulée au XXe siècle par les linguistes Edward Sapir et Benjamin Lee Whorf. « Le monde réel est en grande partie inconscient, et il repose sur la langue de la communauté », écrivait Whorf en 1940.
À l'ère de l'IA générative, cette question résonne avec une actualité particulière : que se passe-t-il lorsque les machines pensent à partir du langage ?
- L'IA générative pense-t-elle en langage ?
Les modèles comme GPT, LLaMA ou Claude ne sont pas de simples machines à répétition. Ils prédisent, extrapolent, génèrent. Leur "compréhension" du monde est entièrement dérivée du langage, sans accès direct à la réalité sensorielle.
Comme l'explique Emily M. Bender, les LLM ne comprennent pas le langage : ils le simulent. Pourtant, leur fonctionnement les rapproche étrangement de l'hypothèse de Sapir-Whorf.
- Une pensée qui change avec la langue
Les recherches sur les IA multilingues montrent que leurs réponses varient selon la langue utilisée. Des études ont mis en évidence que des modèles multilingues produisent des réponses différentes à une même question selon la langue.
Par exemple, la réponse au "trolley problem" changeait sensiblement entre les versions anglaise, allemande et japonaise.
Ces variations linguistiques induisent donc des différences cognitives dans la manière dont l'IA traite l'information.
- Une relativité linguistique artificielle
Faut-il alors parler de "relativité linguistique computationnelle" ? Cela ouvre des questions fondamentales : Peut-on faire confiance à un modèle pour produire un contenu globalement cohérent dans toutes les langues ?
Quel impact pour les marques ?
L'hypothèse Sapir-Whorf devient un cadre de lecture essentiel pour comprendre les limites de l'IA générative, spécialement concernant la traduction. Le problème, c'est une question de vision du monde...